Un vivant qui passe est la transcription de l’entretien qu’eut Claude Lanzmann avec Maurice Rossel en 1979, pendant qu’il tournait le documentaire Shoah. Lors d’une visite d’un camp en 1944, Maurice Rossel s’est laissé aveugler par les nazis.  

Pendant la guerre, Maurice Rossel s’est rendu à Auschwitz puis dans ce qu’on a appelé un « ghetto modèle », Theresienstadt. En tant que membre du Comité international de la Croix-Rouge, Rossel était attendu par les SS qui avaient bien préparé et théâtralisé son arrivée. 

De cette mise en scène, il ne verra que du feu. De cet atroce mouroir, il ne verra qu’un simple camp de travail. A-t-il pu être aveuglé à ce point ? Ne pas entendre les cris de détresse ? ne pas sentir l’odeur de la chair brûlée ? Comment ne pas voir l’impensable quand il est sous vos yeux ? Maurice Rossel ne voit pourtant rien, certainement aveuglé par la caricature du bon nazi qu’on lui donne à voir. 

La voix de Sami Frey  (dont les parents ont été déportés pendant la guerre) transporte autant qu’elle sidère. Du haut de ses 83 ans, il trône au milieu d’une scène sombre, d’un décor lugubre. Sa lecture est puissante,  Un vivant qui passe est un texte glaçant. Le ton est juste, les silences sont lourds. Cette lecture résonne comme un devoir de mémoire, dont on ne ressort pas indemne. 

A voir au Théâtre de l’Atelier 
Du mardi au samedi à 19h00