« C’est une comédie crépusculaire, teintée d’amertume et de mélancolie » décrit Claude Stratz en parlant du Malade Imaginaire. Dans cette ultime pièce de Molière (il l’a écrit malade et joué quelques jours avant sa propre mort), l’hypocondriaque Argan veut marier sa fille à Thomas Diafoirus, pour avoir un médecin en guise de gendre. Béline, l’épouse d’Argan, feint de l’aimer alors qu’elle ne s’intéresse qu’à son héritage. Cléante est amoureux de la fille d’Argan et se fait passer pour son maître de musique. Tous se cachent derrière un personnage à leur propre avantage. La mise en scène de Claude Stratz joue avec ce paradoxe entre le tragique et le comique, la lumière et l’obscurité. 

Une histoire de vérité 

Guillaume Gallienne a des airs de Marat assassiné, assis dans sa chaise médicalisée avec un linge sur le crâne. Il trône au centre d’un intérieur lugubre et bourgeois. Serait-ce une métaphore sous-entendant que le (présumé) malade se croit le centre du monde ? Argan, le malade imaginaire, se laisse persuader par les médecins qu’il est atteint d’un mal chronique. Obsédé par sa propre mort, il est aveuglé par le monde qui l’entoure, à commencer par la souffrance de sa fille amoureuse de Cléante. Argan se plait aussi à croire que sa femme Béline (l’époustouflante et charismatique Marina Hands) l’aime pour autre chose que pour son argent. C’est grâce à son frère Béralde (Alain Lenglet, interprète du rôle depuis la création du spectacle en 2001) et à sa servante Toinette, qu’il va réaliser les supercheries et les mensonges qui l’entourent. En se faisant passer pour mort, Argan va découvrir le vrai visage de Béline et d’Angélique, sa fille bien-aimée.

Tout dans le malade imaginaire est une histoire de vérité. Les médecins mentent en imposant leurs diagnostics à Argan, qui lui même ment sur sa propre mort. Cléante joue au maitre de musique pour retrouver Angélique. La servante se fait passer pour un éminent médecin et annonce, non sans humour, un diagnostic ahurissant à son patient.

« Toute la pièce tourne autour de l’opposition du vrai et du faux : vrai ou faux médecin, vrai ou faux maître de musique, vraie ou fausse mort. » ajoute Claude Stratz. 

Apothéose 

Dans cette comédie-ballet millimétrée, rien n’est laissé au hasard. « Le rythme est rapide, mais ne s’emballe pas, il n’y a pas de fioritures, tout est très précis et très net » précise Guillaume Gallienne. On rit énormément des comiques de situation de ces personnages caricaturés : l’hypocondriaque obsessionnel, la servante qui se moque des médecins érudits, l’amoureux transit, le jeune médecin stupide…

Les intermèdes musicaux apportent du burlesque à chaque acte. A cela s’ajoute l’excellence de l’extravagant Christian Hecq en Monsieur Diafoirus, un médecin charlatant dont le fils légèrement crétin va demander la main d’Angélique. La pièce se termine en apothéose, dans une sorte de carnaval burlesque. Tous les personnages se retrouvent pour participer à la cérémonie d’intronisation d’Argan comme médecin. Dans un décor aux allures apocalyptiques, les éléments se confondent, la scène est spectaculaire. Le malade imaginaire devient lui même médecin. Le Malade imaginaire, créé le 10 février 1673 au Théâtre du Palais Royal, est la dernière pièce de Molière. Il meurt le 17 février 1673 après avoir joué le rôle d’Argan pour quatre représentations. 

Le Malade imaginaire de Molière
Jusqu’au 3 avril 2022
Mise en scène de Claude Stratz
avec la troupe de la Comédie-Française Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Guillaume Gallienne, Julie Sicard, Christian Hecq, Yoann Gasiorowski, Élissa Alloula, Clément Bresson, Marina Hands