L’Hôtel du Libre-Echange de Feydeau, à la Comédie Française

Tout juste entré dans le répertoire de la Comédie Française, l’Hôtel du libre échange mis en scène par Isabelle Nanty, est un Feydeau à la mécanique bien huilée. A cela s’ajoute l’excellence des comédiens du Français et l’agréable extravagance des costumes et décors façonnés par Christian Lacroix. 

L’architecte Pinglet semble s’ennuyer dans son appartement parisien. Un soir, sa femme Angélique Pinglet (Anne Kessler), lit à haute voix l’intitulé d’un prospectus « Hôtel du Libre Echange, 220 rue de Provence, recommandé aux gens mariés… ensemble ou séparément !« .  Ahurie, elle est loin de se douter que son mari est sur le point de passer la nuit dans cet « hôtel borgne » avec Marcelle (Florence Viala) la femme de son associé Paillardin (Jérôme Pouly). Dans le même temps, et comme un Feydeau sans comique de situation n’est pas un Feydeau, Paillardin doit lui aussi passer la nuit au 220 rue de Provence (l’adresse de l’hôtel) pour résoudre une sombre affaire de fantômes. Pour couronner le tout, la malicieuse Victoire (Pauline Clément), femme de chambre extravertie de Pinglet, va entraîner le neveu coincé de Paillardin (Julien Frison) dans une soirée endiablée… à l’Hôtel du Libre-Echange. Quiproquos, non-dits, farces : la recette d’un bon Feydeau à l’état pur. Le décor clair-obscur aux influences Art-Déco de Christian Lacroix donne aux situations les plus farcesques des allures de polar. Hôtel de passe ou Manoir hanté ? Ce curieux paradoxe, personnifié par Laurent Lafitte le patron et réceptionniste aussi lugubre que déjanté, donne tout son charme à cette pièce. En haut d’un escalier de fer en colimaçon, juste sous la lune et derrière un rideau de loupiotes, Bastien (le patron) et Boulot (son assistant, Bakary Sangaré) poussent parfois la chansonnette. Des intermèdes musicaux qui font le plus grand plaisir des spectateurs.

Crédit : Brigitte Enguérand

Dans ce drôle de paysage, il y a aussi Mathieu (Christian Hecq), ami supposé des Pinglet venu en visite surprise avec ses quatre filles hystériques. Virtuose, Christian Hecq fait mourir de rire en vieux père bègue et survolté. La montée en puissance de Julien Frison, le neveu coincé de Paillardin devenu séducteur, est également remarquable. La fraîcheur et l’ingéniosité du tableau proposé par le duo Nanty / Lacroix donnent un spectacle délicieux. Seul bémol, sur ces deux heures et vingt minutes vaudevillesques, il y a peut-être vingt minutes de trop.

Hôtel du Libre-Echange, de Feydeau
Lieu : Comédie-Française 
Dates : du 20 mai au 25 juillet 2017
Mise en scène : Isabelle Nanty

Décors et costumes : Christian Lacroix 
Avec : Thierry Hancisse, Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Florence Viala, Jérôme Pouly, Michel Vuillermoz, Bakary Sangaré, Christian Hecq, Laurent Lafitte, Rebecca Marder, Pauline Clément, Julien Frison et les comédiens de l’Académie 

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