Dans cette comédie-ballet de Molière, Sganarelle veut épouser la jeune Dorimène, mais son ami Geronimo ne cesse de lui insuffler que cette idée est mauvaise. Il l’envoie consulter des prétendus philosophes, mais le vieux Sganarelle s’en remet au jugement de deux bohémiennes qui lisent dans les lignes de sa main. Il doute de plus en plus, surprend sa bien-aimée avec son amant, et souhaite alors abandonner cette idée de mariage. Mais, pressurisé par son beau-père, l’inquiet et lâche Sganarelle se retrouve contraint à un mariage forcé. Cocuification et humiliation au programme. 

Comme dans un cauchemar

Dans cette mise en scène glaçante, Sganarelle trône au milieu d’un intérieur qui n’a rien à envier aux hôpitaux psychiatriques. Un espace d’oppression « presque carcéral ». « Un espace mental dont Sganarelle est l’éternel prisonnier. Tout comme il l’est de ses névroses » précise le metteut en scène Louis Arene. Car Sganarelle est effectivement prisonnier de sa propre lâcheté. Il se laisse dévorer par ses propres névroses, comme dans un cauchemar. S’ajoute à cela des costumes et masques qui rendent le spectacle tout aussi cauchemardesque. Ici tout est inversion, les femmes jouent des hommes et vice-versa, le décor n’est que construction et déconstruction, les comédiens vont et viennent par des trappes qui rendent le tout renversant. « Nous avons pris très sérieusement cette idée de l’inversion pour inventer une dramaturgie du renversement de certains codes et conventions » ajoute Louis Arene. On assiste en direct à la descente aux enfers d’un célibataire en proie aux doutes, et au triomphe d’une jeune femme qui va tirer le maximum de son futur mari. 

Le texte de Molière n’a pas pris une ride et résonne presque comme d’actualité. Christian Hecq nous fait mourir de rire dans le rôle d’une Dorimène caricaturale, et Julie Sicard est métamorphosée dans ce Sganarelle tourmenté. La force du décor et des costumes donne toute sa puissance métaphorique à la pièce. A voir au Studio Théâtre. 

Le Mariage Forcé de Molière, mise en scène Louis Arene
avec la troupe de la Comédie-Française
Sylvia Bergé, Julie Sicard, Christian Hecq, Benjamin Lavernhe,
Gaël Kamilindi