Rimbaud Verlaine : histoire d’une passion destructrice


Septembre 1871. Arthur Rimbaud répond à l‘invitation de Paul Verlaine et débarque à Paris. Les deux poètes se vouent une admiration mutuelle et si leur âge, leur éducation et leur statut social les opposent, ils entendent tous deux libérer la Poésie du carcan de l’académisme littéraire.

Lieu : Poche Montparnasse
Dates : à partir du 13 janvier 2017
Mise en scène : Didier Long
Avec : Julien Alluguette, Didier Long, Jeanne Ruff
D’après le texte de Christopher Hampton


Rimbaud-DiCaprio 

On a tous en tête l’image de Leonardo DiCaprio, qui incarnait le jeune Rimbaud dans le film Eclipse Totale (1997), affiche qu’il partageait avec David Thewlis (Verlaine) et Romane Bohringer. Le premier exercice de l’adaptation de Didier Long est déjà périlleux : s’attaquer à un géant du cinéma.  En Rimbaud rebelle et espiègle, Julien Alluguette parvient vite à effacer cette image mythique du Rimbaud-DiCaprio. Gueule d’ange aux yeux clairs, Arthur Rimbaud débarque chez Paul Verlaine (Didier Long) en 1871 suite à une invitation de ce dernier. Les deux poètes vont très vite nouer une complicité hors normes, au point de faire sombrer Verlaine dans un dilemme impossible : fuir avec Rimbaud ou continuer de vivre avec sa femme, Mathilde. 

Face à un Rimbaud mal éduqué, qui refuse toute forme d’autorité et se montre complètement anti-conformisme, Verlaine est désemparé. Epris d’amour et surtout de passion pour le jeune homme, il songe à quitter sa bien-aimée Mathilde également mère de son jeune fils. 

« Quand nous aurons tiré l’un de l’autre le meilleur, nous nous séparerons et nous poursuivrons chacun notre route » Arthur Rimbaud. 

Histoire d’une passion destructrice

Le spectacle auquel on assiste est celui d’une passion naissante et fusionnelle. Une passion destructrice pour l’un, vitale pour l’autre. Si Verlaine croit en l’amour, Rimbaud croit au désir. Tous les deux s’embarquent dans un tourbillon de tourments sans fin. Mathilde Verlaine (Jeanne Ruff), profondément touchée par le délaissement dont son mari fait preuve envers elle en plus d’accès de violences, désespère. Elle erre sur la scène, vêtue d’une longue robe blanche, tel un fantôme oublié. En 1873, Verlaine blesse Rimbaud et est condamné à deux années de prison, durant lesquelles il renouera avec le catholicisme. Désacralisation de deux monstres de la poésie : « Rimbaud et Verlaine vivent pleinement et sans concession l’état brut de l’instant présent, peuplent leur imaginaire de leurs révoltes, de leurs désirs, de leurs ruptures et de leurs étreintes » précise le metteur en scène et comédie Didier Long. 

« Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville » écrira Verlaine quelques temps plus tard, en 1874, rongé par la tristesse et par la mélancolie. 

Une mise en scène puissante et rythmée

La mise en scène de Didier Long est rythmée, parfois obscure. Sur un fond musical et un jeu de lumières dont les couleurs changent à mesure que le texte évolue, le spectacle gagne en puissance. Sur scène, on ne verra que ce triangle amoureux : Arthur Rimbaud, Paul et Mathilde Verlaine. Les autres personnages ne seront qu’évoqués par des voix. « Leurs voix sont convoquées, amplifiées et déformés pour rendre compte tantôt du peu d’influence que leur accordent » ajoute Didier Long. 

Une mise en scène puissante et rythmée, des comédiens qui nous transportent (Julien Alluguette en particulier) dans l’histoire belle et sombre de l’amour interdit de ceux qu’on appelle parfois, les amants maudits. 

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