Géométrie du triangle isocèle : une pièce glaçante

geometrie-theatre

Quand l’équilibre d’un couple de femmes bascule à l’arrivée d’une troisième. Triangle amoureux ou Géométrie dangereuse ?

Lieu : en tournée
Dates : jusqu’au 3 juillet
Auteur : Franck d’Ascanio
Mise en scène : Mélanie Journeau
Avec : Marie Herivan, Mélanie Journeau, Florence Fournier


Trois femmes et un vice

Contrairement aux apparences, Géométrie du triangle isocèle n’est pas une pièce sur l’homosexualité. Au coeur d’un scénario volontairement dérangeant : trois femmes et un vice, l’adultère. Complices et amoureuses, Lola et Vera forment un couple presque parfait. Mais au milieu de ce couple à l’allure normale, il y a Nina, jeune femme fougueuse et pleine de rêves. Nina est un objet de désir pour Lola, et le pion d’un jeu vicieux pour Vera. Dans ce triangle amoureux plein de perversité, on retrouve des influences du cinéma espagnol de Pedro Almodovar avec son appétence pour les femmes névrosées. Lola et Nina vivent leur désir avec l’approbation de Vera, qui semblent se défaire complètement d’une quelconque trace de jalousie pour cet adultère qu’elle accepte. Dans cette course au désir, la jalousie n’a plus sa place depuis que Vera, fine manipulatrice, semble accepter ouvertement la relation entre sa compagne et la naïve Nina.  Lola, elle, ne se complaît plus dans cette situation dont elle n’arrive plus à manier les ficelles.

Dérangeante

C’est une pièce glaçante, dérangeante au possible. Le sujet d’abord est troublant, tout comme l’ambiance lugubre de la pièce et de ce jeu de rôles perturbant. Au-delà d’une pièce sur l’adultère, Géométrie du triangle isocèle pose aussi la question de la constance du désir dans un couple. Dans ce duo Lola / Vera, le désir amoureux ne semble pas exister sans adultère. Pas d’amour sans destruction. A tour de rôles, les trois femmes se confessent dans un jeu de chaises musicales signifiant les contours d’une figure géométrique. La mise en scène est en cela intéressante : comme le sujet de cette pièce, elle dérange. Les comédiennes tournent le dos au public puis reprennent place dans cette conversation sans fin et dépourvue de toute intimité. Intelligemment, le texte n’aborde à aucun moment le fait que ce couple à trois mette en scène des femmes. Le sujet ici demeure ce triangle amoureux au fonctionnement perfide, et rien d’autre.

Géométrie du triangle isocèle est une pièce de Franck d’Ascanio reprise par la Compagnie les Fées sans Elle. Elle a été nominée deux fois aux Ptits Molières 2016 pour la catégorie Meilleure Comédienne dans un 1er rôle et meilleur auteur vivant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *