Jean-Paul Sartre situe l’action de Huis clos (1994) en Enfer. Un garçon d’étage introduit sur la scène trois damnés : un journaliste-publiciste nommé Garcin, don Juan cynique, une ancienne employée des Postes, Inès, homosexuelle et une jeune mondaine, Estelle. Qu’ont-ils en commun pour se retrouver tous trois cloisonnés en enfer ? Jean-Louis Benoît signe une mise en scène simple mais efficace et un jeu d’acteurs brillant. 

L’enfer, c’est les autres

Dans la mise en scène de Jean-Louis Benoît, l’enfer ressemble à un appartement avec trois vieux canapés. Dans ce décor sans âme se retrouvent trois individus qui ont l’air de n’avoir rien en commun. Pourtant tous les trois ont bien atterri en enfer. Etonnés qu’il n’y ait ni instruments de torture ni bourreau, ils se questionnent et s’accusent. Ils seront confrontés à leur passé tumultueux, à leurs fautes et surtout à leur point commun. Tous les trois sont morts pour une raison : l’une d’une pneumonie, la seconde d’une intoxication et le troisième de balles dans le corps. Mais pourquoi cette condamnation ? Dans Huis Clos, Sartre confronte l’homme à ses actes. Vont-ils avouer la vérité ? Dévoiler leurs masques et leurs mensonges ? Pour cela ils doivent déjà se confronter aux autres. « L’Enfer, c’est les autres » a écrit Jean-Paul Sartre. Point de torture physique, mais une torture morale omniprésente. « Mettre aujourd’hui en scène Huis Clos de Jean-Paul Sartre, c’est simplement rappeler à l’homme comment il peut atteindre à la liberté » précise le metteur en scène Jean-Louis Benoît. C’est en épluchant le fil de leur vie et en prenant conscience de leurs actes que ces damnés pourront retrouver la liberté. 

Intemporelle

Notons dans ce Huis Clos la puissance des interprétations. Maxime d’Aboville (aussi en ce moment dans Berlin Berlin) excelle dans les habits de l’arrogant Garcin. Marianne Basler est époustouflante dans le rôle de la sadique Inès Serrano. Le rôle de la (pas si) fragile Estelle va à ravir à la jeune Mathilde Charbonneaux. Cette réflexion philosophique sur la liberté, sur le jugement des autres et sur la mort, n’a pas pris une ride. Le texte est à la fois drôle et tragique. Les victimes sont elles-mêmes les bourreaux des autres. Le décor est simple mais efficace, un endroit à la fois sobre et glaçant qui ne donne aucune indication sur les histoires vécues de ces trois personnages intrigants. On ne voit pas le temps passer et l’intrigue se déroule comme dans un très bon polar. 

Huis clos est une pièce intemporelle, à voir absolument au Théâtre de l’Atelier. 

Huis Clos d’après la pièce de Jean-Paul Sartre
Au Théâtre de l’Atelier 
Mise en scène Jean-Louis Benoit
Avec Marianne Basler, Maxime d’Aboville / Guillaume Marquet, Mathilde Charbonneaux, Antony Cochin / Brock