Ma vie en prison : le témoignage authentique d’un détenu

A voir à Avignon jusqu’au 30 juillet | Théâtre du Vieux Balancier| 12h

 « Ma vie en prison », raconte l’histoire d’une incarcération. Djibril, que l’on appelle aussi Monsieur Gigi, retrace avec un naturel déconcertant ses quelques mois derrière les barreaux. Un témoignage plus vrai que nature, non sans une pointe d’humour, sur le quotidien d’un détenu.

Une scénographie sombre pour évoquer la vie d’un prisonnier

Dans les années 1990, alors qu’il habite et travaille à Nancy, Gigi est rattrapé par la brigade financière de Nice pour avoir fait imprimer de faux chèques. C’est le début d’une longue « aventure » qui commence pour lui, de la détention provisoire à l’incarcération et au transfert d’une prison à l’autre. De la vie en communauté, avec d’autres codétenus de tous horizons, à la cohabitation avec le personnel du monde carcéral. De la liberté à la séquestration. Une histoire aux rebondissements et aux anecdotes si nombreuses qu’elle est matière à une heure de seul en scène. Sur scène, un mobilier austère côté cour : la cellule d’un prisonnier et ses quelques mètres carrés de sordidité. Côté jardin, une salle d’audience représentée symboliquement par une barre de tribunal. C’est une scénographie assez sombre qui évoque l’inhumanité de la vie en prison, la perte d’autonomie, le manque d’intimité. Les murs sont sinistres, les meubles vieillissants, l’ambiance glaciale.        

Une pièce sincère et sans fard

De ces 18 mois passés dans les maisons d’arrêt de Nice et de Caen, Gigi retient surtout la lassitude. Les jours se suivent, se ressemblent, ne deviennent plus qu’une trop longue attente. Dans sa cellule pas plus grande qu’une cabine de toilettes pour personne à mobilité réduite, l’intimité n’existe plus. Il se retrouve parfois avec deux voire trois codétenus dans la même pièce, en plus des rats qui vadrouillent et se délectent des restes peu ragoûtants de nourriture. Tous les jours, le gardien frappe aux barreaux, demande un signe de vie, fait demi-tour. Tous les jours, Gigi se lève, fait les cent pas, recrache le café infect qu’on lui sert dans sa cellule. Pour tenir, il apprend les astuces du bon détenu : fabriquer un réchaud avec des boîtes de conserve, garder la tête haute et ne jamais pleurer devant ses codétenus, se faire passer des objets de cellules en cellules à l’aide de simples bouts de tissus. La vie en prison, ça n’a rien à voir avec un séjour tout frais payé au Club Med, précise-t-il, le sourire en coin. 

Un message d’espoir

Pourtant, ce texte résonne comme un message d’espoir : cette sanction, Djibril la mérite et l’accepte. Dans son récit, il nous dévoile des moments clés d’une enfance difficile, une éducation à la dure et dans laquelle le mensonge n’avait pas sa place. Sans pour autant se victimiser, ou tomber dans le pathos, l’auteur et interprète livre un témoignage d’une rare authenticité. Dans l’adversité, il garde l’espoir et conserve un humour sans faille. C’est une pièce sincère, sans fard, un récit soutenu par une mise en scène rythmée, mêlant l’usage du texte à l’emploi de la vidéo. Une pièce forte et touchante.      

Ma vie en prison            

A voir à Avignon jusqu’au 30 juillet | Théâtre du Vieux Balancier| 12h        
Auteur et interprète : Monsieur Gigi    
Mise en scène : Jérôme Esselin et Franck Bizet