La version Browning : rentrée studieuse au Poche-Montparnasse

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À la fin des années 1940, un soir de juillet veille des résultats scolaires, le jeune Taplow est convoqué par le professeur Crocker-Harris, figure même de l’institution rigoriste des public schools britanniques. Il doit à contrecœur rattraper un cours de version grecque, décisif pour son passage en classe supérieure

Lieu : Théâtre de Poche
Dates : à partir du 1er septembre
D’après Terence Rattigan mis en scène par Patrice Kerbrat
Avec : Jean-Pierre BOUVIER, Marie BUNEL, Benjamin BOYER, Pauline DEVINAT, Philippe ETESSE, Nikola KRMINAC, Thomas SAGOLS,


Le reflet d’un siècle

Dans le décor sévère d’une public school britannique, le jeune Taplow rend visite à son professeur de lettres classiques, monsieur Crocker-Harris. Nous sommes peu de temps avant la fin de l’année scolaire et l’élève voudrait savoir si oui ou non, il passe en classe supérieure. Chose difficile face à ce professeur d’une froideur extrême, réputé pour être le « Himmler de l’école » et ironiquement appelé « Croquignolle » par ses élèves. En attendant son professeur, Taplow l’imite non sans mépris, devant un autre professeur qui se trouve être, en plus, l’un des multiples amants de sa femme Millie. Trop rigide, trop coincé, Crocker-Harris semble laisser à ses élèves un goût amer.

Derrière ce ballet de collègues, d’épouse, de collégiens et de mesquinerie, s’ouvre un gouffre; c’est l’énigme de ce gouffre que je me propose d’explorer – Patrice Kerbrat, metteur en scène.

Si l’histoire écrite par Terence Rattigan peut paraître anecdotique, elle est le reflet d’un siècle durant lequel l’Angleterre a vu s’opposer les mutations sociales d’après-guerre aux traditions britanniques bien ancrées. Les public schools, écoles privées réservées à une petite élite et dans une desquelles se déroule l’intrigue de la pièce, font partie intégrante de l’Angleterre traditionnelle. On pardonne donc les quelques longueurs du début de la pièce, peut-être difficile à décrypter si l’on n’est pas connaisseur du texte de Rattigan ou de son contexte d’écriture.

Une pièce psychologique

Plongeon dans les entrailles d’un professeur malade et légèrement névrosé. D’une rigueur presque sans faille, Crocker-Harris laisse pourtant entrevoir les traits d’un personnage sensible, à l’écoute de ses élèves et surtout soucieux de ce qu’ils pensent de lui. Un amoureux d’Eschyle qui enseigne sa passion. Un perfectionniste sarcastique et un mari qui tolère que sa femme aille voir à droite et à gauche. On apprend à apprécier ce personnage à la rigueur anglaise, strict au premier abord mais qui peu à peu dévoile ses faiblesses et parvient à émouvoir tout son public. Jean-Pierre Bouvier réalise une performance impressionnante dans son rôle du Professeur Crocker-Harris, Marie Bunel est tout aussi louable en femme machiavélique et perverse. On peut en dire autant de l’intégralité du casting, les comédiens excellent.

C’est une pièce psychologique et profondément intense, dotée d’une interprétation délicieuse. Un beau moment de théâtre à l’anglaise.

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