Intra muros : dans l’intimité d’un détenu



Tandis que l’orage menace, Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en centrale. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d’autres cours – et d’autres cachets – mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n’est là que pour accompagner son ami. 

LieuThéâtre 13
Dates : jusqu’au 16 avril
Mise en scène : Alexis Michalik
Avec : Jeanne Arènes, Bernard Blancan, Alice de Lencquesaing, Paul Jeanson, Faycal Safi
Musicien : Raphaël Charpentier


Depuis Le Porteur d’Histoire, le Cercle des Illusionnistes puis l’incontournable Edmond, Alexis Michalik fait l’unanimité. Dans sa nouvelle création Intra muros, le talentueux auteur et metteur en scène raconte le quotidien en apparence ordinaire d’un détenu dont l’histoire va s’écrire (ou se réécrire) sous les yeux des spectateurs. Toujours poétique et jamais dans l’excès, assez fidèle aux autres réalisations signées Michalik, Intra muros est une pièce agréablement bien ficelée.  

Entre quatre murs

Dans le décor gris et austère d’une maison d’arrêt, le metteur en scène Richard (Paul Jeanson) s’apprête à donner ses premiers cours de théâtre. A sa grande surprise, seuls deux détenus ont répondu présents : le silencieux mais imposant Ange (Bernard Blancan) et l’impulsif et rebelle Kevin (Faycal Safi). Accompagné d’Alice (Alice de Lencquesaing), assistante sociale de la maison d’arrêt et de la comédienne Jeanne (Jeanne Arènes), Richard se lance dans un exercice périlleux : donner à ces détenus le goût du théâtre, leur susciter des émotions, leur faire raconter leur passé. Entre ces quatre murs, les langues se délient. Les histoires de ces personnages sont connectées, de près ou de loin, et le spectateur assiste à une performance de comédiens incroyable. Les rôles s’intervertissent et on y voit (presque) que du feu.  Dans sa note de mise en scène, Alexis Michalik raconte que c’est à la suite d’un échange avec des détenus, dans le cadre d’un court-métrage, qu’il lui est venu à l’idée d’entrer dans l’intimité de ceux qui vivent enfermés. « Certains d’entre eux avaient même passé plus de temps entre les murs qu’au-dehors » ajoute-t-il. 

Du Michalik sans Histoire

Intra muros tranche tout de même avec les précédentes pièces de l’auteur sans pour autant dénaturer son univers. Ici, il n’y a pas de grand moment d’Histoire ou d’illustres personnages. On entre simplement dans le quotidien de ces personnages qui pourraient être nos parents, nos amis. Mais l’univers Michalik, qui commence à bien se faire connaître, est bel et bien là. Dans la sémantique récurrente du metteur en scène, côté jardin, on retrouve le portant à vêtements qui sert de vestiaires aux comédiens. Il y a toujours aussi des histoires dans les histoires, des éléments narratifs qui s’emboîtent comme des matriochkas. Il y a aussi des têtes connues : Jeanne Arènes qui avait notamment reçu le Molière de la révélation féminine pour son rôle dans Le Cercle des illusionnistes. Puis un dénouement, toujours assez spectaculaire, un moment clé où tous les éléments du texte et de la mise en scène convergent, un moment dans la salle où les yeux s’écarquillent. 

Encore une jolie réussite pour Alexis Michalik.

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